23 septembre 2006

Un quart des semences de maïs contaminées par des OGM

En 2005, 24,2 % des lots de graines de maïs d'importation examinés dans les ports français contenaient des traces d'organismes génétiquement modifiés (OGM). Ces données proviennent de la direction générale de l'alimentation (DGAL) dans une document, le Bilan du plan de contrôle 2005 de semences importées de pays tiers, non encore publié. En 2004, ce chiffre était de 35 %, selon les bilans antérieurs de la DGAL. Aux Etats-Unis, l'un des principaux fournisseurs de la France en semences de maïs, la proportion atteint 48,6 %, soit 71 des 146 lots américains analysés au cours de ces deux années là.

Toutes origines confondues, près des deux tiers des lots positifs détectés en 2005 (25 sur 39) contenaient des graines transgéniques - dont la culture est interdite en France - pour la plupart développées par la firme américaine Monsanto. Il s'agit presque toujours de traces, puisque quatre lots seulement ont révélé une présence fortuite d'OGM supérieure au seuil de détection de 0,1 %. Aucun lot n'a été détruit. Un seul a été refoulé. Les autres ont reçu un étiquetage spécifique.

La situation pourrait être pire. Un expert de la DGAL estime que les semenciers américains redirigent ou détruisent "un quart" des sacs de graines de maïs estampillés non-OGM et initialement destinés à l'Union européenne, parce qu'ils contiennent trop d'OGM. Grégoire Berthe, directeur des relations institutionnelles de la coopérative française Limagrain, admet que la proportion est "similaire" au Chili où ce semencier est implanté. La France achète chaque année hors de l'Europe près de trente mille tonnes de graines de maïs, et n'en produit pas plus de deux mille.

Dans son bilan des contrôles de 2004, la DGAL signale "une augmentation significative du nombre de lots détectés positifs" par rapport à 2003. Elle précise que "cette évolution est à relier au niveau (...) de développement commercial de ces OGM dans les pays tiers, et en particulier aux Etats-Unis".

Pour Grégoire Berthe, cela est "inévitable", compte tenu du "bruit de fond OGM dans les pollens aux Etats-Unis", où pratiquement tout le maïs cultivé est transgénique. Les semenciers espacent pourtant leurs parcelles de plus de deux cents mètres, pour bloquer les pollens des variétés indésirables. Leurs clients se contentent, semble-t-il, de dix mètres.

DIVERGENCES EUROPÉENNES

Dans une étude de l'Agence française de la sécurité des aliments (AFSSA) portant sur deux années de mises en culture et de mesures, et que le ministère de l'agriculture n'a toujours pas publiée, il apparaît que "la plupart" des sacs de semences d'importation présentant des traces d'OGM recèlent non pas une, mais plusieurs variétés transgéniques. Jusqu'à quatre différentes ! Le sous-directeur de la qualité et de la protection des végétaux à la DGAL, Joël Mathurin, concède que ces contaminations multiples sont très fréquentes dans les lots plus fortement contaminés.

Le directeur de la DGAL, Jean-Marc Bournigal, affirme que ces résultats n'ont pas été publiés parce que les chercheurs de l'AFSSA ont travaillé sans l'accord du ministère de l'agriculture sur des lots saisis par ce dernier. Un propos contesté au sein de l'AFSSA.

Alors que la Commission européenne tolère jusqu'à 0,9 % d'OGM dans les cultures conventionnelles, aucun seuil n'a été fixé pour les semenciers. L'Autriche ou la Pologne, partisans d'une proscription totale, ne parviennent pas à s'entendre avec la France, qui figure parmi les premiers producteurs mondiaux de graines. Grégoire Berthe milite pour un seuil de 0,7 %. "Moins de 0,5 %, dit-il, serait trop coûteux, notre activité ne serait plus rentable." Souhaiter une filière non-OGM imperméable semble donc impliquer d'interdire l'importation de toute semence venant des pays qui cultivent les OGM.

Le Monde

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